Le soutien-gorge sans armatures : un confort historique

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     S’il existe aujourd’hui plusieurs styles de soutiens-gorge sans armatures, tous sont portés et appréciés pour leur confort et leur maintien de la poitrine, comme le soutien-gorge croisé ou le soutien-gorge brassière, ce dernier étant très utilisé pour les pratiques sportives. Mais le soutien-gorge sans armature n’est pas une pièce de lingerie récente, loin de là, et a été très populaire à diverses périodes de l’Histoire. Le soutien-gorge bandeau notamment, qui assure le maintien de la poitrine par sa forme gainante, trouve son origine dès les temps anciens.

L’Antiquité grecque et romaine : l’origine de tout, y compris de nos soutiens-gorge

« Plus de réseau qui captive les tresses de ses blonds cheveux ; plus de voile qui couvre son sein ; plus d’écharpe (strophium) qui retienne sa gorge haletante. Elle s’est dépouillée de tous les ornements, ils sont tombés à ses pieds, et les flots de la mer se jouent de ces vaines parures. »

     Voilà ce qu’écrivait Catulle au Ier siècle av. J.-C. pour conter le désespoir d’Ariane, laissant tomber ses vêtements après que Thésée l’eut abandonnée. Le terme strophium, emprunté au grec, se traduit en bon latin par fascia (bandage) pectoralis (de poitrine). Catulle décrit ainsi dans son poème l’ancêtre du soutien-gorge bandeau, une bande de toile fine plissée, drapée et nouée sur ou sous la poitrine.

     Ce soutien-gorge n’était cependant ni utilisé tout au long de la journée, ni par une grande majorité des femmes, comme son homologue récent. Il était uniquement porté ponctuellement, par des femmes ayant une forte poitrine et une vie active, dans un but pratique et de confort. Mais ce type de soutien-gorge sans armatures était aussi porté pour les activités sportives, ainsi que dans les bains publics.

     Laissez-moi vous présenter Théodoros, mon homologue des temps anciens, un jeune homme grec en visite à Rome, au IIe siècle de notre ère. Débarquant après un long voyage à travers la Méditerranée, il décide d’aller se détendre aux bains publics. Pas de chance pour lui, il arrive au moment de la journée où les thermes sont réservés aux bains et aux activités des femmes. Déçu, il aperçoit justement quelques Romaines entrer dans l’immense bâtiment. Quant à moi, je sors des locaux d’Artesane et je me rends dans une Piscine du 14e arrondissement, pour me relaxer et faire quelques longueurs. Théodoros remarque que les quatre Romaines qui entrent dans les thermes sont drapées dans un strophium. Il n’est pas dépaysé : ce type de bandelettes de tissu est également utilisé chez lui, en Grèce, pour toutes sortes d’activités. Moi, je sors des vestiaires de la piscine et me dirige vers le bassin en même temps que deux femmes, l’une portant un haut de maillot de bain brassière, et l’autre un haut bandeau. Théodoros et les thermes romains ne me semblent vraiment pas si loin, en ce moment.

     N’ayant pas pu se relaxer comme il l’aurait souhaité, Théodoros part à la recherche d’une popina, une taverne, afin de boire un verre de vin et jouer une ou deux parties de dés. En longeant les thermes, il aperçoit à l’intérieur la palestre, ce complexe d’installations sportives, qui forme une cour au centre des thermes. Là, sous le péristyle, une galerie de colonnades qui entoure cet espace extérieur, il observe des femmes qui marchent rapidement, tout en discutant, et d’autres, en plein centre du palestre, attelées à divers exercices physiques. Elles portent toutes le strophium, afin d’être parfaitement libres de leurs mouvements et de pouvoir courir sans aucune gêne. Mens sana in corpore sano, pense Théodoros, grand lecteur de Juvénal parlant parfaitement le latin : « Un esprit sain dans un corps sain ». De mon côté, j’ai pu me baigner – ne m’en veux pas, Théodoros – et, détendu, je décide de faire un détour par un joli parc avant de rejoindre ma station de métro. En longeant la pelouse, je me fais dépasser par une joggeuse en brassière de sport. Similitudes amusantes, n’est-ce pas ?

     Finalement, Théodoros et moi n’avons pas eu une fin de journée si différente, que ce soit par nos activités ou par ce que nous avons vu, tous ces vêtements et sous-vêtements féminins dérivés du strophium, et conçus dès l’Antiquité pour le confort et le soutien de la poitrine. Tu vois, Théodoros, même en deux mille ans, certaines choses ne changent pas.

Les années folles : la mode androgyne

     Après la création de l’ancêtre du soutien-gorge moderne en 1889 par la maison Cadolle, qui consistait en un corset fendu sous la poitrine, et du soutien-gorge moderne en 1913 par l’américaine Marie Phelps Jacob, les Années folles ont vu le retour du bandeau à l’ancienne (l’expression me semble ici justifiée). La mode androgyne « à la garçonne » de l’après-guerre a en effet vu les femmes s’aplatir la poitrine à l’aide de bandelettes, à la manière du strophium antique, afin de la dissimuler.

     Le retour des soutiens-gorge bandeaux n’est donc pas un phénomène du XXIe siècle, mais avait bien débuté dès le début du XXe siècle.

     Après cette période, et dès les années 1930, lorsque le soutien-gorge de Marie Phelps Jacob – deux mouchoirs reliés par des épingles à nourrice – est commercialisé par la Warner Brothers Corset Company, le soutien-gorge devient une réelle pièce de maintien de la poitrine qu’il remet en valeur, avec des bonnets à coussinets répertoriés par le même système de tailles que de nos jours. Le sans-armatures n’est donc plus la star des sous-vêtements.

     Puis le sans armatures reste en retrait dans les années 1950, avec l’influence des États-Unis et de ses femmes iconiques – Monroe, Hepburn, Liz Taylor – qui font la part belle aux seins pointus, et des surpiqûres circulaires apparaissent sur les bonnets afin de créer cet effet. Dans les années 1960, la jeunesse et la mode s’émancipent à grands coups de mini-jupes et de maillots de bain sans soutien-gorge. Les soutiens-gorge survivants sont alors conçus dans des matières plus élastiques et proches de la peau.

La révolution sexuelle des années 1970 : la poitrine au naturel

     Dans les années 1970, un élan d’affirmation du corps et un retour au naturel portés par le style hippie sonnent l’heure de gloire du soutien-gorge sans armatures. C’est l’apogée du soutien-gorge triangle, le plus souvent réalisé dans des matières légères et transparentes.

     Puis, les années 1980 voient l’esthétique et la séduction entrer en jeu, et les soutiens-gorge se parent d’armatures : c’est l’arrivée de la lingerie affirmée et purement esthétique, et de l’ère du « power dressing », par lequel les femmes affirment leur autorité dans un courant de mode sexy et féminin.

     La mode a donc un aspect cyclique, avec des tendances qui s’évaporent et reviennent à la charge. Le soutien-gorge sans armatures ne fait pas exception, utilisé tant pour son aspect pratique et confortable dans l’antiquité, que pour aplatir la poitrine dans le style garçonne des années 1920, ou montrer le corps au naturel avec le courant hippie des années 1970. Depuis le début du XXIe siècle, et même avant cela, les tendances tendent à s’estomper et cohabitent, offrant une grande variété de styles vestimentaires. En lingerie notamment, les soutiens-gorge ne sont plus régis par des modes de « sans armatures » ou d’« avec armatures ». Nous vivons dans une ère où tous ces genres de sous-vêtements cohabitent, faisant par là même cohabiter confort et esthétique.

     Mais le sans armatures peut offrir les deux à la fois, et c’est ce que vous prouve Charlotte Jaubert dans son nouveau coffret couture – malheureusement déjà épuisé, mais bientôt disponible de nouveau en réassort ! – , en vous proposant de coudre trois modèles différents de soutiens-gorge sans armatures ainsi que leurs culottes associées. Charlotte s’efforce dans ce coffret à vous montrer que les réticences quant au soutien-gorge sans armatures, la peur d’un moins bon maintien ou d’un style moins féminin, n’ont pas lieu d’être. Beaucoup de femmes, et c’est notamment le cas de certaines membres des équipes Artesane, ont penché pour le soutien-gorge sans armatures pendant le confinement, par souci de confort. Alors pourquoi limiter ce confort à son domicile, quand on peut le lier avec l’élégance et la féminité des créations de Charlotte Jaubert, et en profiter au quotidien ?

À bientôt chez Artesane !