Focus sur Cy. : Illustratrice, autrice de BD, et passionnée d’encre

par | 10 Fév 2022 | Dessin et peinture | 0 commentaires

     Cette semaine, dans le catalogue Artesane, sort un cours très attendu, proposé par une professeure avec qui nous sommes ravi d’avoir collaboré, et avec qui j’ai pris grand plaisir à discuter lors de son tournage dans notre studio. Je veux parler de Cyrielle Evrard, alias Cy., de son nom d’illustratrice, qui vous propose cette semaine un cours Artesane dans lequel elle vous présente et vous apprend à manier son médium de dessin favoris : l’encre. Je vous propose donc de vous partager ma discussion avec elle, et de vous transmettre les messages qu’elle voudrait faire passer à toutes celles et ceux qui sont, comme elle, passionnés par les arts.

Le parcours de Cy.

     Avant d’être illustratrice freelance et de collaborer pour de nombreux projets, Cy. a tout d’abord effectué un cycle supérieur d’illustration, afin de recevoir une formation professionnelle dans ce domaine. Elle a alors notamment été graphiste exécutive pour une entreprise de vin, et directrice artistique pour madmoiZelle.com. Tout en illustrant dans le secteur professionnel, Cy. travaillait sur ses bandes dessinées Le vrai sexe de la vraie vie, dessinées aux crayons, jusqu’à devenir illustratrice freelance, et publier les deux tomes de sa BD. Depuis plusieurs années, elle arbore également la casquette de vidéaste en partageant son quotidien et ses conseils de graphiste et illustratrice sur Youtube.

     L’année dernière, Cy. a publié une nouvelle bande dessinée, Radium Girls, qui conte l’histoire de ces femmes des années 1920 qui fabriquaient des cadrans de montres en utilisant la technique du lip pointing, qui consiste à épointer le pinceau du bout des lèvres. La peinture des cadrans était cependant composée de radium qui servait à les rendre phosphorescents, mais qui est également très toxique. Les ouvrières ont alors souffert de graves maladies, et du procès qui suivit cette affaire ont découlé les lois des travailleurs américains. C’est donc en tant que militante que Cy. crée ses bandes dessinées, en voulant présenter des histoires qui lui tiennent à cœur avec Radium Girls ou sensibiliser sur des sujets important comme avec les deux tomes du Vrai sexe de la vraie vie.

L’encre, un médium passionnant

     Je ne crois pas me souvenir avoir déjà observé quoi que ce soit de plus envoûtant que les mouvements du pinceau de Cy. et l’encre qui se répand telle une onde vivante à travers les fibres du papier. Le processus de dessin est aussi magnifique que son résultat, et je comprends l’engouement des abonnées de la chaîne Twitch de Cy. qui ne cessent de redemander des diffusions en direct. Le bruit même du pinceau qui glisse sur la feuille, humide de l’encre sombre qui s’éclaircit au fil de son trajet, est des plus plaisants.

     En assistant au tournage de Cy., j’ai pu remarquer qu’elle travaillait ses illustrations en couches d’encre successives, ajoutant chaque fois des nuances et de la lumière à son œuvre, armée de son sèche-cheveux pour éviter de trop attendre que l’encre sèche. De la pointe de son pinceau, elle crée des sources de lumières, laisse s’exprimer l’éclat des couleurs des encres, élabore des jeux d’ombre et des contrejours. En m’approchant de sa réalisation, j’ai été frappé par cette impression que le papier émettait sa propre lumière, comme si l’objet que cette femme dessinée tient dans sa main rayonnait véritablement au-delà de la feuille.

     Comme le Caravage et son clair-obscur, Cy. module la lumière de son œuvre à partir d’un fond très sombre, allant jusqu’à apposer l’encre brute sur le papier à la pipette pour colorer des zones très foncées. Elle joue avec la capillarité du papier, c’est-à-dire son absorption de l’encre et du comportement du liquide à sa surface, pour créer ses jeux de lumière. Couche après couche, et à chaque coup de pinceau, on observe la silhouette de cette femme drapée se dessiner et se détacher de l’obscurité.

     Cy. est une véritable passionnée d’encre, et la manière dont elle en parle le prouve. Elle appelle cette substance qu’elle aime tant un « médium de caractère ». Si l’encre est en effet plus difficile à manipuler et à contrôler que d’autres médiums, les possibilités et la satisfaction qu’elle procure sont aussi indescriptibles que les œuvres de Cy. sont fabuleuses. L’illustratrice utilise donc la capillarité du papier afin de la laisser vivre ou essayer de la cadrer. Selon elle, l’atout principal de l’encre est cette luminosité qu’elle dégage, ce que j’ai pu observer de mes propres yeux en la regardant travailler.

     Un autre aspect incroyable de l’encre selon Cy. est que, même en ratant ce que l’on voulait faire au départ, il est possible de créer des choses magnifiques, tant ce médium est imprévisible. Pour elle, l’encre est un peu la tarte tatin de l’illustration, et elle ne compte plus les fois où après la première seconde de frustration en ayant ajouté un peu trop d’encre sur sa feuille ou raté son tracé, elle est arrivée à un résultat qu’elle adore et auquel elle ne s’attendait pas. Il est réellement passionnant d’écouter une passionnée parler de ce qui lui tient à cœur !

Le processus d’une illustration à l’encre, par Cy.

     Entrons maintenant dans l’aspect plus concret de la réalisation d’une illustration à l’encre par Cy. L’illustratrice commence par réaliser un croquis sur le logiciel Procreate, sur sa tablette, où elle place déjà tous les motifs et détails de son dessin. Ensuite, elle place ce croquis entre sa table lumineuse et sa feuille pour pouvoir voir ces détails en transparence et les décalquer à la fin, une fois que les aplats d’encre seront posés. Cy. retrace également les contours des éléments de son dessin afin de bien les délimiter et d’ajouter de la précision à son œuvre. Dans ce même but de précision, elle utilise de la drawing gum, une pâte qui sert protéger le papier et sa couleur, afin que l’encre ne s’y propage pas et conserver des zones claires et lumineuses.

     Cy. s’inspire beaucoup des tenues et des motifs traditionnels qu’elle rencontre aux différents coins du monde lors de ses voyages pour réaliser ses illustrations. Dans le dessin qu’elle réalise avec vous dans son cours Artesane, elle s’inspire par exemple d’une tenue traditionnelle du Mexique, sorte de châle qui couvre la tête, et des azulejos qu’elle a vus à Séville, ces petits carreaux de faïences aux motifs géométriques qu’on retrouve sur et dans les bâtiments de la ville andalouse, pour les ornements qui le parent. Toutes ces inspirations expliquent la richesse iconographique des œuvres de Cy.

Illustratrice… et couturière

     Outre l’illustration, Cy. a une autre passion tout à fait en lien avec Artesane. En effet, elle passe beaucoup de ses week-ends derrière sa machine à coudre, à se confectionner des vêtements. Pour elle, la couture est une porte ouverte à une infinité de possibilités. Elle aime se faire des habits confortables et bien taillés, parfaitement adaptés à sa morphologie. Décidément, entre les arts graphiques et les arts du fils, nous ne pouvons qu’apprécier Cy. !

Les conseils de Cy. aux illustrateurs en herbe

     Je voudrais conclure cet article en vous partageant les belles paroles de Cy. au sujet de la peur de l’échec que l’on peut ressentir lorsque l’on se lance dans une nouvelle activité comme l’illustration. Elle souhaite faire passer un message d’encouragement à tous ceux qui commencent à dessiner, et les pousse à fortement relativiser l’échec. Se mettre au dessin, c’est comme se mettre à la musique. Si on peut avoir l’impression de ne pas avoir droit à l’erreur en tant qu’adulte, Cy. nous affirme que l’échec fait parti intégrante de ce type de passions, et que même les professionnels ne cessent d’échouer.

     Votre professeure d’illustration à l’encre elle-même, pourtant professionnelle aguerrie, appose de la rustine partout sur ses dessins lorsqu’elle travaille, pour rattraper ses erreurs. Souvenez-vous donc que rater fait partie du quotidien des dessinateurs, et que l’échec ne doit surtout pas constituer une source de stress. Une erreur peut tout à fait être source de création, surtout lorsqu’on manipule l’encre, et les maladresses sont le meilleurs moyen de progresser dans un domaine. Souvenez-vous de la tarte tatin !

     Merci beaucoup à Cy. pour sa gentillesse et pour cet entretien passionnant. J’espère que ce cours d’illustration à l’encre vous plaira autant qu’il m’a plu d’assister à son enregistrement, et que vous serez aussi heureux que nous de voir Cy. dans notre studio. Pour vous procurer ce cours, disponible dès maintenant, rendez-vous ici !

À bientôt chez Artesane !

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