Tendance 2022 : retour sur la mode des années 1970

par | 15 Avr 2022 | Histoire | 0 commentaires

     Pour les beaux jours de 2022, la tendance renvoie la mode, cycle perpétuellement renouvelé, vers les couleurs et la fluidité des années 1970. Au-delà du pattes d’eph, des couleurs pop et des imprimés floraux, cette décennie a été traversée par divers courants, philosophies et phénomènes sociétaux qui ont grandement influencé la mode, se faisant alors le miroir des idées et des revendications d’une jeunesse qui voulait se faire entendre. Pour passer en revue tous ces courants esthétiques qui ont traversé les années 1970, je vous propose un saut dans les seventies à travers le continent américain.

Le vêtement unisexe : une quête de liberté héritée des sixties

     Nous voici à San Francisco, au moment charnière entre les sixties et les seventies. Les années 1960 ont laissé dans l’air un parfum de changements sociétaux, le son d’appels à la liberté, qui sont se sont retranscrits et continuent de symboliser ces idées dans les vêtement des jeunes qui marchent dans la rue.

     Ici, un jeune homme au style futuriste signé Pierre Cardin inspiré des technologies spatiales, là, un groupe de trois femmes vêtues d’une veste à col rond, d’une tunique en jersey et d’une combinaison, le tout ponctué de lunettes de soleil en plastique. Une volonté d’égalité des sexes flotte encore, digne héritage des sixties, avec la réinterprétation des genres par la mode unisexe. Designs minimalistes, formes géométriques et matériaux synthétique militent pour l’unisexe, et ce jusqu’aux maillots de bain, avec le monokini de Rudi Gernreich destiné à tous et effaçant les attributs sexuels.

« En cassant les codes vestimentaires conventionnels, la mode est devenue un outil de subversion de l’identité sexuelle. » (Fabriquer le désir, p. 353)

     Nous continuons de déambuler dans les rues de San Francisco et nous arrêtons devant la vitrine du magasin Gap, jeune entreprise de prêt-à-porter. Tee-shirts, pantalons, vestes, tous les basiques de la boutiques sont unisexes. La jeunesse est en quête de liberté et cherche à se désolidariser des générations conservatrices, ce que symbolise l’enseigne même du magasin Gap, dont le nom témoigne de cet écart (gap) générationnel.

La mode, outil d’émancipation

     Pendant notre errance dans la « ville sur la baie », nous croisons parfois des jeunes hommes vêtus à la mode cowboy, ou dans un style de bûcheron à base de jeans Levi’s serrés et de chemises à carreaux. Ce style, répandu à San Francisco mais aussi à New York, souvent agrémenté d’une moustache, est caractéristique du mouvement d’émancipation des homosexuels dans les années 1970. Chez les femmes, c’est la salopette qui devient un emblème lesbien.

     La tendance est, à cette époque et pour ces communautés, à l’expérimentation et à l’affirmation de soi, objectifs pour lesquels la mode a toujours été, et est toujours, un excellent médium.

La mode au service de la contre-culture

Les hippies

     Nous quittons à présent San Francisco pour traverser le continent et rejoindre la côte Est et la ville de New York. Nous grimpons dans un bus dont la moitié est emplie d’adhérents au mouvement hippie. Le mouvement hippie, qui s’est grandement développé dans les années 1960 et 1970, et dont la mode provient notamment de San Francisco, elle-même inspirée de Londres, prône la paix et l’anticapitalisme. Sur les personnes assises dans le bus, des habits faits de satin stretch et de broderies florales en tout genre, ainsi que de longues jupes aux mouvements fluides. Les matières, odes à la sensualité et à la sexualité, sont mises au premier plan.

     Au fond du bus, un grand gaillard porte ce qui s’apparente à un uniforme militaire, que les valeurs pacifistes se sont appropriées. À son bras, une jeune femme porte un ensemble inspiré des traditions amérindiennes, marquant la solidarité du mouvement hippie avec les minorités. Assemblages de pièces vintages et de tissus de récup, accessoirisation à gogo, la mode hippie se veut à la fois hautement symbolique, écologiste et anticapitaliste.

Le punk et le grunge

     Après plusieurs jours de trajet, nous arrivons à New York.  Nous décidons, pour notre première soirée dans la « grosse pomme », de pousser la porte d’un bar du le centre-ville. À l’intérieur, une foule de tee-shirts, jean droits, baskets et vestes en cuir noires nous accueillent. Ce bar est un repères d’adhérents au mouvement punk à la peau percée, jeunesse à la recherche d’une nouvelle identité dans les cultures pop et rock.

     En sortant du bar, nous voyons des visages familiers, montés dans le bus à mi-chemin et en provenance de Seattle, berceau du style grunge, directement hérité des mouvements hippie et punk. Ces jeunes portent des chemises en flanelle nouées à la taille sous des tee-shirts, des gilets de laine ainsi que des jeans déchirés et délavés tombant sur des Dr Martens. La juxtaposition de pièces trouvées en friperies caractérise le style grunge et sa philosophie antimatérialiste.

Les débuts du hip-hop

     Nous nous dirigeons vers le nord de la ville, dans le quartier du Bronx, et apercevons un groupe d’afro-américains dont le style nous interpelle. Un homme, assis sur une barrière, porte une veste en cuir, tandis qu’un autre, poste radio à la main, porte une veste en peau de mouton. Pantalons de survêtements, jeans et pantalons en velours côtelé s’agitent au son de la musique populaire funk et soul, pendant que les casquettes se balancent en rythme. Certains portent des pulls à capuche sur lesquels scintillent des bijoux en or, des chaussures de sport et de larges lunettes.

     Avant les célèbres baggys popularisés dans les années 1980, les adeptes du hip-hop portaient des vêtements urbains et fonctionnels, alliés à un côté bling bling et à des codes issus du système carcéral.

     Voilà qui conclue notre petite échappée dans les seventies. Liberté des sexes et de la sexualité, revendications contre-culturelles, la mode des années 1970 fut extrêmement variée, suivant les phénomènes sociétaux. Si vous souhaitez lire un article complet sur la mode et la haute couture dans les années 1970 rédigé par Anne-Sarah, je vous invite à consulter le quatrième numéro des Cahiers Artesane.

À bientôt chez Artesane !

Bibliographie :

  • Millet, A. Fabriquer le désir, 2020, Paris, Belin.

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